Questions à l'autrice Maritza Jaillet sur l'auto-édition

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Maritza Jaillet, à la fois autrice hybride et chroniqueuse, a accepté de répondre à mes questions sur l'auto-édition (AE) et je l'en remercie. J'apprécie tellement son caractère enjoué que j'ai décidé d'illustrer mon article avec une photo d'elle en costume de sirène. J'ai même décidé de lui consacrer ultérieurement un autre article, qui prendra davantage la forme d'une interview classique, à la suite de laquelle vous retrouverez les liens d'achat de ses livres, ainsi que tous ses liens vers les réseaux sociaux. Ne vous fiez pas au côté "kitsch" de la photo. Les réponses fournies sont très sérieuses ! Et c'est parti, mon kiki !

Les plus et les moins de l'édition traditionnelle d'après Maritza


1)-Les plus de l'édition traditionnelle


Maritza se définit comme une personne stressée, et m'a fait savoir qu'elle avait besoin de se sentir encadrée et rassurée. En passant par l'édition traditionnelle, elle se sent écoutée et épaulée par toute une équipe, ainsi que par les directeurs éditoriaux.

Autre avantage de l'édition traditionnelle, et non des moindres : l'aspect financier. L'auteur n'a rien à débourser, puisque l'éditeur prend tous les frais à sa charge. D'après Maritza, l'auteur doit juste assurer sa promotion et économiser pour les frais inhérents aux différents salons du livre. Or, selon ses propos, il semblerait que l'éditeur paie souvent le stand et le stock. Ainsi, seuls les frais de déplacement et d'hébergement restent à la charge de l'auteur.

2)-Les moins de l'édition traditionnelle


L'auteur "n'est plus propriétaire de son œuvre", pour reprendre les termes de Maritza. Certaines lignes, certains éléments du récit et la découpe de l'ouvrage peuvent changer.

Le délai de publication se révèle plus long qu'en AE. Lorsque Maritza débute une trilogie, elle la transmet aux maisons d'édition (ME) une fois le tome 2 achevé et le tome 3 entamé. Or, en ME, le rythme de publication est d'un livre par an, ce qu'elle trouve long, car il faut pouvoir retenir le lecteur derrière.

Enfin, l'auteur souffre d'un manque évident de liberté. Le graphisme de la couverture ne lui appartient pas. Il faut demander l'autorisation. Il en va de même pour les exemplaires auteur. Pour les commander, il faut soit passer par la ME, soit par le directeur éditorial, ce qui peut s'avérer long.

Les plus et les moins de l'auto-édition d'après Maritza


L'auteur fait tout. Il décide de la couverture, du format de son manuscrit, de la date de sortie. Il est maître à bord et c'est ce qui plaît à Maritza.

Les moins ? L'auteur fait justement tout, tout seul. On peut, par exemple, payer un correcteur qui ne sera pas à la hauteur. Il n'existe aucune "sélection" : "on écrit, on publie", comme le mentionne Maritza. Personne ne sera là pour nous faire remarquer que certains mots sortiront de la ligne éditoriale et qu'il vaudrait mieux les supprimer. L'auteur doit effectuer la mise en page lui-même et parfois, l'auto-édité ne peut se faire accepter dans un salon.

Les erreurs repérées par Maritza chez les auteurs AE débutants


1)-Au niveau de la forme


Maritza regrette l'absence de relecture et de correction, malgré des idées foisonnantes. Parfois, la correction intervient, mais trop tardivement à son goût, car l'ouvrage est déjà sorti. Maritza ne se réfère pas aux coquilles, que l'on trouve également dans les ME, mais parle de fautes omniprésentes, comme les tirets qui ne sont pas des tirets cadratins. Elle évoque aussi l'absence de justification dans un texte. Elle en a fait la désagréable expérience après avoir acheté un livre.

2)-Les incohérences et le manque de profondeur des personnages


Maritza a pointé du doigt le fait que beaucoup d'auteurs ne s'entourent pas de bêta-lecteurs. À moins que l'auteur ne soit "ultra talentueux", pour reprendre ses mots, les écrits doivent passer par la case "lecture" avant d'être proposés à la vente, ne serait-ce que pour avoir du recul.

Maritza considère en effet que l'auteur connaît tous les détails de la vie de chacun de ses personnages, mais que ce ne sera pas forcément le cas pour le lecteur. Elle a parlé de personnages superficiels ou trop manichéens. Il lui est notamment arrivé de lire un ouvrage dans lequel chaque personnage réagissait de la même manière et adoptait un langage similaire, malgré un passé qui lui était propre et un âge différent.

Un auteur lui avait même confié une fois qu'établir des fiches pour ses différents personnages ne servait à rien, ce qui l'a quelque peu décontenancée.

3)-Le manque ou l'absence de recherches


Maritza déplore le fait que certains auteurs écrivent "comme ça", sans se poser des questions, alors qu'il suffirait d'effectuer des recherches pour éviter de mettre des absurdités dans un livre que l'on paie 20 euros (ce sont ses mots), ou pour éviter de se tromper au niveau de la distance entre Paris et Marseille. Assez récemment, elle a notamment lu un roman comportant des énormités sur la sexualité, alors que l'auteur avait simplement des recherches à faire via Ecosia ou Google (si on ne plante pas d'arbres).

4)-L'obsession de la rémunération


Bien qu'il s'agisse d'un sujet tabou, Maritza s'est montrée honnête en affirmant que beaucoup d'auteurs pensaient d'abord "rémunération", comme c'est le cas de certaines ME, mais pour elle, le manque de soin apporté aux livres nuit à la réputation.

5)-Quid du style ?


Maritza m'a assuré ne posséder aucun style d'écriture. Or, je ne suis pas forcément d'accord. Nous avons tous notre propre style, mais là n'est pas la question. Le sien consisterait notamment à motiver les troupes sur Twitter chaque matin, en insérant plusieurs voyelles à la suite, ce qui met d'emblée de bonne humeur. Pour ça, on l'en remercie :)

Les simples conseils qu'elle se permet de donner au niveau du style sont pertinents : éviter les répétitions et ne pas utiliser des verbes ternes (comme les auxiliaires "être" et "avoir", et le verbe "faire"). L'autre point sur lequel elle s'est exprimée concerne la conjugaison. "Je courrerus" et "ils sortirèrent" n'existent pas et on ne peut qu'abonder dans son sens, lorsqu'elle précise qu'il existe des sites dédiés à la conjugaison, et qu'il n'est pas compliqué de vérifier.

Les conseils de Maritza aux auteurs débutants


"On est tous dans la même galère", m'a-t-elle sorti. Elle m'a parlé d'entraide. Hors de question que l'on se tire dans les pattes. Je ne peux qu'être d'accord. Elle m'a fait part d'une citation qu'elle aime beaucoup à ce sujet : "seul, on va peut-être plus vite, mais ensemble, on ira plus loin". On agit donc avec bienveillance et on prend du recul. Les conseils de Maritza peuvent être résumés ainsi (j'ai laissé les points d'exclamation exprès, pour plus de peps) :

  • Accrochez-vous !
  • Entourez-vous de gens bienveillants et sérieux, prêts à vous soutenir !
  • Entraidez-vous !
  • Gardez le cap ! Les critiques constructives tu assimileras et les avis non constructifs tu jetteras !
  • Ayez confiance en vos capacités et remarquez vos points faibles !

Comment Maritza gère-t-elle les critiques négatives par rapport à ses livres ?


Pour faire le lien avec ce qui a été évoqué plus haut, Maritza regarde avant tout si les critiques sont constructives ou non. Si la critique est constructive, il faut, d'après elle, la lire, l'écouter, la comprendre et l'assimiler. Elle reconnaît volontiers que son vocabulaire n'est pas riche, qu'insérer les verbes dans les dialogues n'est pas son fort et qu'elle peine à décrire une scène typique, manques qu'elle pallie avec de l'humour, une intrigue complexe et des personnages susceptibles "d'accrocher" le lecteur.

Maritza invite donc les auteurs à accepter les critiques négatives constructives. Pour elle, à part les trolls, les autres avis sont valables, à condition de penser ainsi : "on ne peut pas plaire à tout le monde, mais on plaira quand même à certaines personnes". Un lecteur peut trouver l'histoire mal ficelée, tandis qu'un autre la trouvera géniale. Idem pour les protagonistes : l'un va trouver qu'ils n'ont aucun background, alors qu'un autre n'aura aucun mal à établir leurs fiches.

Maritza a conclu le questionnaire comme suit : "C'est face à l'adversité que l'on se relève plus fort". C'est ce qu'elle appelle "l'esprit Tata Nexua" (le nom de sa chaîne YouTube).

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